« L’Intendant Sansho » de Kenji Mizoguchi (1954)

par Emilie Sapielak

« Nous ne sommes pas des êtres humains », dit la jeune esclave épuisée à Anju, qui l’aide à boire un peu d’eau, dans une écuelle de bois. Dans un dernier sursaut d’énergie, elle repousse sa compagne d’infortune qui a quitté sa place pour lui venir en aide et risquerait d’être punie. La caméra est posée près du sol, comme si le temps d’un instant, on avait dû se mettre à genoux pour supporter de les regarder souffrir.

Les esclaves sont parqués dans un territoire délimité par une palissade. Avec l’aide d’Anju,  sa sœur, Zushio s’est évadé, les portes sont ouvertes. Une vieille esclave s’aventure à l’extérieur mais bientôt s’immobilise dans l’encadrement des immenses poteaux. Au même moment, Anju, seule, traverse le bois qui borde le territoire. Rien ne l’arrête, elle glisse à travers les troncs qui rappellent les barreaux de sa prison. Elle entend la voix de sa mère qui l’appelle. Elle franchit sans hésiter et avec grâce la frontière qui sépare la vie de la mort. A la sortie de la forêt, elle entre dans la rivière. Entre les poteaux qui marquent l’entrée de la palissade, la vieille esclave ne s’est pas éloignée et, à genoux, prie. Anju a disparu dans l’eau du lac.

Anju préfère se donner la mort au lieu de tenter sa chance, risquer d’être arrêtée, de livrer son frère, de reprendre une vie d’esclave. C’est aussi une manière de se libérer d’elle-même. Son sacrifice, expression de l’amour qu’elle porte à son frère et à sa mère qu’elle croit entendre l’appeler de l’au-delà, fait d’elle une héroïne sublime.

Paroles du père de Zushio et Anju : « Un homme fermé à la pitié n’est pas humain. Sois dur pour toi-même et généreux pour les autres. Tous sont égaux et ont droit au bonheur. »

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