« Out of the blue » de Dennis Hopper (1980)

par Emilie Sapielak

Linda Manz, l’actrice principale, joue aussi dans Les Moissons du Ciel de Terrence Malick où elle incarne le rôle de la petite sœur, Linda.

Portrait d’une famille épouvantable, plus encore que celle de Killer Joe de William Friedkin. Out of the blue, right into the dark.

Sur des musiques grisantes, les personnages se déplacent beaucoup, en voiture, en camion, en tractopelle, à l’arrière d’une remorque. Ils s’enfoncent toujours un peu plus dans la boue. Dans un salon très seventies, la mère de Cebe se pique dans le canapé sous les yeux de sa fille qui la regarde à travers la vitre de la porte-fenêtre. Le plan suivant surprend Cebe, seule, à l’arrière d’une remorque, sur une voie rapide. Elle contemple le paysage industriel qui défile, le vent dans les cheveux. Retour sur la mère dans son canapé, une aiguille dans le bras, puis sur Cebe, la tête dans le vent. On entend le morceau d’Elvis « Baby let me be your loving teddy bear. Put a chain around my neck, and lead me anywhere. Oh let me be. your teddy bear.”

Un tractopelle jaune avance cahin-caha et fait s’envoler devant lui des centaines de goélands qui s’abattent un peu plus loin, trop lourds,  sur ce qui s’avère être des monceaux de détritus jetés sur une terre glaise. On est loin des documentaires animaliers où les oiseaux s’envolent devant la caméra vers un ciel rose et enchanteur. Le tractopelle fait des tas sans qu’on ait parfaitement conscience de leur utilité. Il fait des tas, il repousse les déchets, les oiseaux sont lourds, la caméra se cogne contre les dents d’acier du tractopelle, contre la vitre de la cabine où se reflète cet étrange spectacle et derrière laquelle un homme boit.

A intervalles réguliers, Cebe interrompt sa descente aux enfers. Elle s’allonge, sans chercher à dissimuler son visage qu’elle tourne souvent vers la caméra, le pouce dans la bouche, à peine recroquevillée, dans un camion, sur le sol de sa chambre, sur le lit d’un inconnu.

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