« Voyage à Tokyo » de Yasujiro Ozu (1953)

par Emilie Sapielak

Une vieille femme s’accroupit dans l’herbe et s’adresse à son petit-fils. Il ne lui répond pas et le dos tourné, continue de ramasser des fleurs.

Avec son mari, elle est en visite chez ses enfants qui habitent très loin, à Tokyo. Mais là-bas, le vieux couple ne trouve pas sa place. Leurs enfants, assez antipathiques, n’ont que très peu de temps à leur consacrer. Ils décident même de les envoyer en cure thermale pour ne pas avoir à s’en occuper pendant quelques jours. La première nuit à l’auberge est agitée, un jeune couple a organisé une fête. Le lendemain, les vieux parents, toujours affables et souriants, les yeux rivés sur le paysage qui s’offre à eux, reconnaissent que cet endroit est davantage fait pour les jeunes que pour eux. Ils préfèrent écourter leur séjour et rentrer chez eux.

Le film s’attache à ce moment terrible où, avant de mourir, les hommes devenus vieux sont chassés de la terre et se replient.

« Quand on perd ses enfants, on est malheureux. Mais quand ils vivent, ils deviennent lointains. Il n’y a pas de solution au problème. »

Les parents finissent par embarrasser, les enfants par décevoir. Autour d’un verre de saké, le vieux père de famille qui a retrouvé ses amis d’autrefois en arrive à cette conclusion pessimiste : les carrières entreprises par les siens ne sont pas à la hauteur de ses espérances.

Le personnage incarné par la très belle Setsuko Hara est le seul à faire preuve d’une bonté et d’une douceur dont les autres membres de la famille paraissent en partie dépourvus, le seul à s’accuser – à tort – d’égoïsme. Serait-ce parce qu’elle ne fait pas vraiment partie de la famille ? C’est la femme du fils mort pendant la guerre.

Sa générosité envers ses beaux-parents est la partie visible de ce lien qui la rattache au passé. C’est son beau-père lui-même qui l’enjoint à ne plus se faire de soucis pour eux, à ne plus regarder derrière elle mais à se tourner vers l’avenir et un nouveau mari, à respecter cet ordre des choses au goût doux-amer qui veut que les enfants se séparent des parents.

A la mort d’Ozu, Setsuko Hara cessa de jouer et refusa de donner des interviews.  Elle vit à Kamakura où reposent les cendres d’Ozu.

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