« The Blade » de Tsui Hark (1995)

par Emilie Sapielak

La douceur prend l’aspect d’un chaton ébouriffé entre les mains d’une jeune femme vêtue de blanc, la violence celui d’un piège à loups qui se referme deux fois sur le membre qu’il sectionne. Ce n’est pas un effet de style simpliste, mais une promesse singulière : la beauté sera aussi du côté de ceux qui combattent dans la boue, l’eau et le sang.

Il pleut à torrent. La lumière jaillit des traits de pluie qui balaient l’écran. Tout est rouge et bleu. Pour protéger son enfant, le père n’a d’autre choix que de le prendre sur son dos et de continuer à combattre les brigands qui les attaquent. A chacun de ses gestes, la tête de l’enfant se renverse et cogne contre lui. Mais l’ennemi le plus sérieux vient d’en haut. A peine a-t-il porté un coup que son corps pivote sur lui-même et s’élève, prêt à donner le suivant. Au dessous de lui, le visage du père et celui crispé de l’enfant en pleurs.

Des années plus tard, le monstre tatoué retrouve l’enfant, grandi, mutilé, mais prêt à l’affronter. Ils ont attaché leurs sabres au bout d’une chaîne accrochée à leur poignet. Ils sont si rapides que la douleur les frappe avec plusieurs coups de retard. Ils avancent et tournent sur eux-mêmes. Les chaînes bruissent, les lames sifflent. Leurs gestes amples sont déconnectés de l’effort qu’ils produisent et du corps adverse qu’ils atteignent, redoublant ainsi l’effroi et la stupeur qui se dégagent de ce spectacle, d’abord devant la souffrance pressentie, puis devant celle que manifeste leur chair entaillée.

« As soon as you’re damned by something, you just have to continue on with it. Until you die. » Tsui Hark.

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