« La ville abandonnée » de William A. Wellman (1948)

par Emilie Sapielak

Des chevaux galopent sur une terre immense bordée de canyons. La caméra les frôle, s’éloigne puis s’arrête pour contempler le défilé des cavaliers noirs. Les paysages s’étirent, le temps ralentit. Un hold-up est perpétré avec une rare nonchalance. S’ensuit une cavalcade rapide. Mais avec le partage du butin et le compte tranquille de l’argent, le temps retrouve son rythme ample. L’espace s’ouvre de nouveau sur une terre plus aride encore, craquelée et poussiéreuse. Le pas des hommes se fait traînant.

Ce lieu désert et silencieux confère une dimension inédite à quelques maigres événements : un lézard est abattu d’une balle de révolver, un homme rafraichit son cheval en passant doucement un tissu humide sur ses dents.

L’intrigue se ressert dans une ville abandonnée autour de ses deux habitants, un vieil homme et sa petite-fille, bien décidés à défendre leur mine d’or contre les nouveaux arrivants. Dans le silence des nuits fraîches s’élèvent les cris des animaux nocturnes, le souffle du vent, le murmure de la source et des bruits de pas étouffés : les hors-la-loi ne repartiront pas avant d’avoir mis la main sur l’or et et la fille.

Evoluant dans ce temps suspendu de l’attente, les personnages interprétés par Grégory Peck, Richard Widmark ou Anne Baxter se drapent d’ombres épaisses et de lumières vives qui rendent leur présence terriblement fascinante.

Entre le jour et la nuit, l’émotion suscitée par les baisers échangés est palpable à travers quelques plans resserrés, rares par ailleurs. Le drame se nourrit de la puissance de l’obscurité, de la proximité de la terre, du ciel et des rochers. La caméra accompagne celui qui tombe. Cachée sous un lit, elle veille le plus jeune dont le corps mort étendu sur le sol est littéralement porté par les lignes du plancher qui convergent vers lui.

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