« La prière du rossignol » de Henri Barakat (1959)

par Emilie Sapielak

Un village en Egypte. Accusé d’adultère, un père de famille est tué par la communauté des hommes qui dirige le village. Mais la honte et le déshonneur continue d’entacher sa famille. Les deux orphelines, Amna et Hanadi sont chassées du village avec leur mère. Parmi les hommes qui ont décidé de leur sort se trouve le frère de la veuve.

Les trois femmes partent à pied sur les routes et finissent par s’établir ailleurs. L’homme qui leur loue une nouvelle maison trouve aussi du travail aux deux sœurs. Hanadi entrera au service d’un ingénieur et Amna  au service du commissaire. Analphabète, Amna apprend à lire et acquiert de l’instruction au contact de cette famille bourgeoise dont la fille unique s’attache rapidement à elle. Hanadi a moins de chance. L’ingénieur s’avère être célibataire. Il abuse d’elle. Hanadi se confie à sa mère qui la condamne aussitôt. Le déshonneur s’abat une nouvelle fois sur la famille. Elles doivent de nouveau partir. La mère reprend contact avec son frère pour qu’il lui vienne en aide. L’homme qui avait demandé la mort de l’époux adultère et l’exil des trois femmes intervient donc. Il poignarde Hanadi et menace sa mère : si Amna parle, elle connaîtra le même sort.

Amna s’enfuit, retourne dans la famille du commissaire qui l’accueille à bras ouverts. Lui et sa femme s’apprêtent à marier leur fille. Pour elle, ironie du sort, ils ont choisi l’ingénieur dont ils ignorent les vices. Les fiançailles sont célébrées. Amna finit par se confier à la mère de la future mariée. La famille rompt les fiançailles et quitte le village, fuyant devant la honte qui les menace.

Amna prend alors le risque de se faire engager chez l’ingénieur. Son plan est simple : tuer l’homme qui est à l’origine de la mort de sa sœur. Elle parvient à résister à ses avances. L’ingénieur s’attache à elle. Alors qu’elle est sur le point de l’empoisonner, elle se ravise au dernier moment. Sur les conseils de la diseuse de bonne aventure qui l’héberge, elle décide de se servir du désir qu’éprouve l’ingénieur à son égard. Elle se met à attiser ses appétits tout en continuant de se refuser afin de le torturer. Des sentiments grandissent des deux côtés. L’envie brutale de l’homme se transforme en amour. Amna lui révèle la raison de sa présence à ses côtés. Mais le fantôme d’Hanadi les empêche de s’unir. Amna décide de partir.

L’oncle d’Amna, le frère de la mère devenue folle de chagrin, ne sait pas que sa nièce s’est enfuie. En voyage d’affaires, il la croit restée au village, aux côtés de sa mère. Pour se débarrasser définitivement d’elle, il la vend. Mais il doit bientôt rendre l’argent à son client en constatant qu’elle a disparu. En colère, il part à sa recherche et retrouve bientôt sa trace. Il est persuadé qu’elle s’est comportée comme sa sœur. Armé d’un fusil, il tire sur le couple. L’ingénieur est mortellement touché. Des hommes, alertés par le bruit, arrêtent le tueur.

Amna est au service de l’ingénieur lorsque le film commence. La nuit est tombée. Elle l’attend, assise dans un coin sombre du salon. L’entrée de l’homme dans la pièce se fait en caméra subjective. L’ennemi est d’abord une voix inquiétante puis un regard qui s’arrête sur une lampe, fixe un coin de lit. La caméra se détache rapidement de lui, non pour s’en écarter, mais pour le précéder dans ses déambulations dans la pièce. L’ennemi, déjà effrayant car donné à imaginer, se trouve soudain épaulé d’un allié, rapide et fidèle. Devant la double menace, Amna, affolée, se débat et parvient à se dégager des bras de son agresseur. Elle se barricade dans sa chambre.

Amna raconte alors les événements qui l’ont conduite ici. Mais lorsque la même scène revient, la caméra reste en retrait. Elle suit l’homme et Anna de loin. Elle n’est plus au service de la peur et de la violence mais traduit le sentiment d’impuissance du spectateur, seul témoin dans cette pièce fermée, du désarroi de la jeune fille qui manque de se faire violer.

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