« Beyond the rocks » de Sam Wood (1922)

par Emilie Sapielak

"Beyond the rocks" de Sam Wood

Qui est ce barbon marié à une jeune femme dont le cœur bat pour un autre? Parti en expédition dans le désert, attaqué par une horde de brigands, Josiah Brown renonce à se défendre et présente sa poitrine aux balles de l’adversaire. Il renonce à se battre parce que celle qu’il aime lui préfère le jeune et séduisant Lord Bracondale. Il meurt pour lui permettre d’être heureuse.

Cette bonté d’âme, cet immense amour font de ce personnage bedonnant, maladroit et ridicule le véritable héros tragique de cette banale histoire d’amour. Il ne peut rien contre l’élan qui pousse les deux jeunes gens l’un vers l’autre. Lord Bracondale n’est-il pas la figure idéale du prince charmant? Il a sauvé deux fois la vie de Theodora, d’abord de la noyade, puis d’une grave chute en montagne. Leur histoire est déjà écrite – on la connaît par cœur – et présuppose la fin de la sienne. Viendra bientôt la colère, puis la vengeance, le malheur pour tous ou simplement pour lui. Jamais plus il ne retrouvera le bonheur illusoire de se croire aimé par cette jeune femme dont il garde la photographie à portée de main.

Alors au dernier moment, tandis que bat son plein la lutte symbolique contre les brigands qui investissent son campement et voudraient s’emparer de ses découvertes, Josiah Brown s’immobilise et met un terme à cette absurde fuite en avant. Dans la tente où il rechargeait frénétiquement ses pistolets, il se redresse, un peu raide et, superbe, fait demi-tour. Le film qu’entraînait la passion adultère dans son sillage fait demi-tour avec lui. Josiah Brown refuse d’être un obstacle au couple idéal. Une balle dans le cœur, il meurt, recouvrant ainsi son véritable rôle, celui de la victime.

L’image de fin réunit ceux qui s’aiment. Leurs doux visages sont radieux.

L’amour est magnifique lorsqu’il peut perdre la mémoire.

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