« Tabou » de Miguel Gomes (2012)

par Emilie Sapielak

"Tabou" de Miguel Gomes (2012)

Son image est insaisissable. Son nom se garde secret. Tu t’en souviendras pour Le sanctifier. Il est dans la grâce d’un geste, l’éclat d’un regard, se confond avec le noir des nuits trop courtes et le blanc des jours qui s’étirent sous le soleil de midi. Le grand amour est objet sacré.

Les chasseurs et les aventuriers, brisant le tabou, se placent sous la double condamnation du temps qui détruit les corps, et des hommes qui légifèrent sur les âmes. Aurora et Ventura ignorent la course des jours et foulent, heureux, l’herbe d’Afrique, hors du monde. Aurora, Diane chasseresse, rate une cible pour la première fois. Son aventurier reste assis au bord de la piscine. Ils sont devenus des proies.

Qui se souvient de ce qu’ils se sont dit ? Personne. Leurs lèvres bougent, le son ne nous parvient plus. Subsiste l’image de leurs corps qui se rapprochent timidement. Ils contemplent les nuages où se dessinent les étranges habitants de leur univers, le ciel, infini, seul capable d’accueillir un tel bonheur.

La voix off poétise. Que peut-on dire du visage d’Aurora immobile sur le tarmac, et des larmes de Ventura  qui continue de chanter derrière sa batterie ? Des mots venus des légendes ancestrales qui ressassent l’éternel mythe du paradis perdu et soufflent la brise tiède de la nostalgie. Des mots teintés d’ironie, dérisoires, mais aux douces syllabes, les mots d’un camarade d’infortune qui tourne avec précaution les pages d’un vieil album, il ne voudrait pas nous faire souffrir. On affronte avec lui l’air hagard d’Aurora qui surplombe la cascade écumante, la seule issue vers l’infini, avant de rebrousser chemin.

Mourir, c’est abandonner le corps aimant et aimé. Vivre, c’est endurer l’étroitesse du monde. Le grand amour est l’histoire triste de ces corps qui n’ont pas leur place au ciel.

La fin de l’histoire, c’est la fin de l’aventure et le début de l’errance.

Tabou de Miguel Gomes (2012)

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