« Les Onze Fioretti de François d’Assise » de Roberto Rossellini (1950)

par Emilie Sapielak

Les Onze Fioretti de François d'Assise de Roberto Rosselini (1950)

« Dieu a choisi les faibles pour confondre les puissants » saint Paul.

Rien ne menace les frères réunis autour de François d’Assise : la pauvreté est un privilège, l’hostilité des hommes une joie. Dans cette campagne déserte où les herbes poussent au milieu des pierres, les frères franciscains ne connaissent pas la solitude. La caméra qui s’attache aux pieds des hommes dans la boue, à ces corps sous la pluie, ces corps roués de coups, ces corps pressés les uns contre les autres dans la petite chapelle, la caméra qui s’attache au sourire confiant de l’homme face aux menaces du tyran manifeste Sa présence.

Cette présence semble fuir les plans d’ensemble qui révèlent la beauté de la nature. Elle s’exprime pleinement dans les mésaventures comiques du plus innocent d’entre tous, Ginepro, et de son acolyte, un vieillard à l’esprit dérangé. Dieu est dans la légèreté des corps qui courent pieds nus et volent au-dessus de la lande, animés de leur seule foi et de leur dévouement absolu. Il les protège. Il veut que l’on sache que tout vient de Lui.

Les franciscains vivent de la charité. Ce qu’ils reçoivent, ils le redistribuent aux plus pauvres allant jusqu’à offrir leur unique vêtement ou la maison qu’ils ont bâtie de leur mains. Ce dépouillement radical fait leur bonheur. Ouvrant leur cœur aux quatre vents, ces hommes se débarrassent de l’orgueil qui fait obstacle à l’épanouissement de leur foi.

La pauvreté est le premier pas vers l’humilité et l’effacement de soi qui permet d’accueillir Dieu en son âme. La robe de François d’Assise, trop près du feu, s’enflamme. Il tarde à la retirer, pour « ne pas priver le feu ». Plus loin, il demande à être piétiné par l’un des siens. Il veut se punir d’un acte qu’il juge présomptueux. Dans la boue du chemin, sa robe de bure se confond avec la couleur de la terre. Il disparaît littéralement. La scène, simple et terrible, reflète le combat intérieur qui vient à bout de toute résistance. Il faut mourir pour renaître à nouveau.

Cette vie dans la nature largement centrée sur le personnage de Ginepro est plus discrètement scandée par les pleurs de François d’Assise. Sans crier gare, la peine accable le saint. La tête dans les mains, silencieux, il s’abandonne quelques secondes à cette tristesse, avant de présenter de nouveau un visage empreint d’une immense douceur. Cette conscience aiguë de la douleur du monde est à la mesure de l’amour qu’il témoigne aux hommes qui l’entourent. Le baiser au lépreux sous le ciel immense est une scène bouleversante. L’accueil du vieil homme sénile qui souhaite se joindre à eux ne l’est pas moins. Tous lui caressent gentiment la tête et le visage, attendris, comme s’il s’agissait d’un nouveau né. La visite de sainte Claire, fondatrice des clarisses, donne lieu à une abondante cueillette de fleurs déployées ensuite en immenses tapis odorants devant la chapelle. Immobiles et graves, la paix de leur âme affleurant leur visage, clarisses et franciscains ont la prestance des plus grandes reines et des plus grands rois.

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui meurent en péché mortel; heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire. Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité! »

Louanges de saint François

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