« Propriété interdite » de Sydney Pollack (1966)

par Emilie Sapielak

Propriété interdite (1966) Sidney Pollack

Owen (Robert Redford) parle peu. Seul son regard scrutateur révèle les sentiments qu’il éprouve pour Alva. Que cherche-t-il et voudrait faire sien ? La caméra, choisissant un angle inattendu, se rapproche brusquement du visage de la jeune femme.

Alva (Natalie Wood) est une rêveuse. Ses fantasmes de liberté et de nouveaux horizons tentent de faire barrage à l’étouffante réalité : un père disparu, une mère maquerelle. Ses désirs, simples et beaux, ont ceci d’insoutenable qu’ils nous laissent percevoir, à travers leur belle transparence, le travail de sape engagé par la lucidité coriace. On sait toujours ce que l’on sait, et ce que l’on sait nous a déjà brisé le cœur.

Seul le cinéma peut faire d’un souvenir, d’une silhouette entraperçue dans la rue, d’un reflet aux contours flous dans le bassin d’une fontaine, un être de chair et de sang qui se tiendrait soudainement là. Il suffit alors de tendre la main pour le toucher.

Et c’est un nouveau rêve qui commence. L’homme aimé part au travail. Ce qu’elle fera de sa journée ? Elle l’attendra. Et elle l’attend, fixant le cadran du réveil jusqu’à ce que sonne enfin l’heure des retrouvailles. Il ne lui offre pas de bijoux, tant d’autres l’ont fait, mais achète de jolis chandeliers dorés qui feront de leur petite table d’appoint une table de fête.

C’est un nouveau rêve, l’histoire d’un chat qui rêve d’être un homme et ne sait plus, à son réveil, s’il est chat ou homme. Le rêve d’Alva est le fondement de son existence, le nœud qui relie le cœur au reste du corps et lui permet d’avancer. Le rêve craque. En existe-t-il un capable d’endiguer la noirceur du monde ? Elle crie. Laissant tout derrière elle, quittant la pièce en courant, les bras ouverts, elle disparaît au bout de la rue, le desespoir à ses trousses.

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