« Sugar Man » de Malik Bendjelloul (2012)

par Emilie Sapielak

"Sugar Man" de Malik Bendjelloul (2012)

Il existe un endroit, somewhere between nowhere and goodbye, où chacun est roi, aimé et reconnu, un paradis, le royaume réservé aux plus humbles qui vivent en ignorant cette promesse, et s’acquittent consciencieusement d’un lourd tribut.

Ils imaginent autour d’eux leur propre royaume, puisant dans la misère et le dénuement la constance et la force d’âme des plus grands.

S’affadissant dans la clarté impudique des plateaux télévisés – la lumière se dévoile dans l’ombre –,  le corps ployant déjà sous les assauts de la vieillesse, Sixto Rodriguez laisse en héritage quelques larmes discrètes dans les yeux de ses enfants, de longs silences, un modèle d’humanité.

Il ne cherche ni le succès ni la gloire. Il travaille durement sur les chantiers pour gagner sa vie. Il ne bâtit pas de nouvel Etat ou de nouvelle Eglise. Il parle aux cœurs. Il infuse autour de lui sa bonté d’âme.

On le vole. Il donne, manne inépuisable qui se nourrit de ses manques et de ses défaillances. Imperturbable, il semble indifférent aux désirs qui le conduiraient loin de lui-même et de cette proximité avec le divin.

Sixto Rodriguez, héros du documentaire de Malik Bendjelloul, fait moins figure d’exception que de symbole. Sa vie de labeur, ses engagements quotidiens sont aussi émouvants que ses chansons.

Rodriguez et tant d’autres sont saints, ignorés de tous, excepté de Lui qui permet parfois que leur félicité ait lieu ici-bas.

Was it a huntsman or a player /That made you pay the cost /That now assumes relaxed positions /And prostitutes your loss? /Were you tortured by your own thirst /In those pleasures that you seek /That made you Tom the curious /That makes you James the weak?
And you claim you got something going/ Something you call unique/ But I’ve seen your self-pity showing/ As the tears rolled down your cheeks
Soon you know I’ll leave you /And I’ll never look behind /’Cos I was born for the purpose /That crucifies your mind /So con, convince your mirror /As you’ve always done before /Giving substance to shadows /Giving substance ever more
And you assume you got something to offer /Secrets shiny and new /But how much of you is repetition /That you didn’t whisper to him too

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