« Killer of Sheep » de Charles Burnett (1977)

par Emilie Sapielak

Killer of Sheep de Charles Burnett (1977)

Un visage d’enfant, grave, et la voix du père qui crie son angoisse.

« Tu as laissé quelqu’un s’en prendre à ton frère. Tu es resté là, sans réagir. Comment as-tu pu faire ça ? Peu importe qui a commencé, qu’il ait gagné ou perdu. Tu prends ce qui te tombe sous la main et tu défends ton frère. Si quelque chose nous arrivait à moi ou à ta mère, il ne te resterait plus personne au monde, à part lui. »

Les efforts vains des hommes à réparer ce qui se brise, leurs gestes lents, se répondent au fil de scènes décousues et silencieuses, enduites du bruit extérieur, cette poix qui pétrifie. La parole éclate, brusque et inoffensive tel un tir à blanc.

De leur côté, les enfants, légers et nombreux, étonnamment inventifs et vivants, volent autour de ces hommes dans la fleur de l’âge et déjà épuisés. Ils participent du réalisme, chantres d’une pauvreté acceptée sans révolte et oubliée au cours des jeux quotidiens. Dans ce ghetto de Los Angeles, ils sont le passé de leurs ainés grandis trop vite. Ils sont éphémères. La fillette à peine plus haute que la table débarrasse déjà les verres et les assiettes.

Une mélancolie insidieuse accompagne l’engourdissement des corps et l’échec des adultes dans leurs quêtes ordinaires. Le dénuement des personnages, l’espace en ruine et l’absence d’action révèlent une présence écrasante, de celles capables d’enrayer la belle mécanique humaine : la tentation du désespoir, que repousse in extremis le sourire du père à la fin du film.

La lenteur est la marque des tristes. Tandis que les enfants tombent, pleurent et se relèvent, les hommes, petit à petit, s’immobilisent. Car bouger ravive la douleur des cœurs à vif. A l’abattoir où travaille Stan, la tête écorchée d’un mouton mort dont on retire la cervelle dit le supplice de l’homme immobile, assis à la table de la cuisine. Le corps même de sa femme qui danse contre lui le fait souffrir. Il la repousse doucement.

Killer of Sheep de Charles Burnett (1977)

This bitter earth
What fruit it bears
What good is love
That no one shares
And if my life is like the dust
That hides the glow of a rose
What good am I
Heaven only knows

This bitter Earth
Can it be so cold
Today you’re young
Too soon you’re old
But while a voice
Within me cries
I’m sure someone
May answer my call
And this bitter earth
May not be so bitter after all

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