« Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré » de Pan Nalin (2013)

par Emilie Sapielak

Kumbh Mela de Pan Nalin (2013)

Le réalisateur indien Pan Nalin s’est fait connaître du grand public avec son premier long métrage, Samsara, sorti en 2002, et dans lequel il retraçait le parcours d’un moine bouddhiste en proie aux vicissitudes terrestres. Il revient avec un documentaire sur le plus grand pèlerinage du monde, le Kumbh Mela, qui a lieu tous les douze ans et dont le dernier s’est déroulé en 2013.

Pendant 55 jours, 100 millions d’hindous se rassemblent au confluent de trois eaux sacrés, le Gange, la Yamuna et la Sarasvati. Des ascètes nus recouverts de la cendre du feu sacré y côtoient les membres de différentes sectes hindoues et une population dont la pauvreté ne cesse d’ébranler. De cette effrayante confusion visuelle et sonore se détachent le regard affolé d’une mère qui a perdu son enfant dans la foule, le visage du jeune Babu, trois ans, recueilli par un vieux Yogi, et les commentaires amusés de Kishan, fugueur de dix ans qui voudrait devenir un Sadhu, un ascète.

La mise en scène du propos est assez rudimentaire. Le réalisateur explique en voix-off qu’il part pour rapporter à son grand père de l’eau sacrée et quelques histoires. La dramatisation de certains événements peut aussi paraître affectée. Mais ces maladresses servent l’authenticité des êtres et des dialogues, les protégeant paradoxalement de tout artifice. Et ces visages à la fois creusés et resplendissants, ces mains noueuses et ces corps d’enfants devant lesquels la foule s’écarte sont autant d’apparitions miraculeuses offertes joyeusement à nos yeux.

Les histoires s’entremêlent, l’une relativisant l’autre, empêchant tout commentaire qui figerait ces vies dans des poses réductrices. Surgit alors l’essentiel, l’émotion de la rencontre et la contemplation du mystère qu’est autrui, une contemplation débarrassée de tout préjugé, de toute projection de soi sur l’autre. De fait, le dépaysement culturel est trop grand. Il agit sur nous comme une purification, pour nous enseigner une belle façon de découvrir l’inconnu : l’accueillir et l’aimer.

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