« Les Tueurs » de Robert Siodmak (1946) / « Assurance sur la mort » de Billy Wilder (1944) Coffret Carlotta. Sortie le 8 octobre 2014.

par Emilie Sapielak

Double Indemnity (1946) Billy Wilder

Deux chefs d’œuvres du film noir américain se trouvent réunis dans un coffret Blu-ray, deux œuvres cultes érigées en modèles du genre, Assurance sur la mort de Billy Wilder (1944) et Les Tueurs de Robert Siodmak (1946). A chaque fois, un homme se débat au cœur d’un quotidien banal contre la double fatalité qui l’assaille, son destin et ses passions. Qu’il soit malin comme le héros de Wilder, ou vigoureux comme le boxeur de Siodmak, son histoire est celle d’une rencontre avec la mort, brutale et arbitraire, incarnée par deux femmes fatales mythiques, Ava Gardner et Barbara Stanwyck. Une vision du monde désenchantée qui n’a pas pris une ride.

Les deux œuvres élèvent le film noir au rang des grandes tragédies et brossent un portrait subtil de l’humanité en crise. Remplaçant le chœur antique, une voix off convoque le passé des personnages pour tenter de découvrir ce qu’ils cachent. Mais la vérité dévoilée n’est plus sacrée, elle est utile. Le pécheur qui se confesse sert le système et n’expie pas. Dans les deux films, le récitant est un agent des compagnies d’assurances chargé de la bonne marche de l’appareil : il ne sauve ni les âmes ni les corps, mais l’argent disparu.

Le noir et blanc de Wilder et de Siodmak n’insiste pas seulement sur la part sombre de notre époque. Il pointe aussi le mensonge et la violence des lumières artificielles qui assaillent les plus faibles dans les salons mondains ou les bureaux des entreprises. Plus incroyable, la nuit sert ce qui lui résiste et qu’elle ne parvient à entacher, la bonté, toujours incarnée par un personnage féminin secondaire. Dans le noir, la candeur d’une Lola ou d’une Lilly retrouve son éclat. La nuit offre au saint la dignité dont l’ont privé les lumières de la modernité.

 

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