« La Jeune Fille de l’eau » de M. Night Shyamalan (2006)

par Emilie Sapielak

"La Jeune Fille de l'eau" M.Night Shyamalan (2006)

« Why don’t he meet me ? » répète l’écrivain. L’appel a des résonances familières. On croit reconnaître celui qu’adresse l’homme à son Créateur. On se trompe. C’est le cri du Créateur lui-même souffrant de ne pas connaître son héritier.

La vie ne peut se résumer à ce quotidien monotone, ce cadre étriqué. Voilà le rêve ou la conviction inébranlable de certains. Les contes y font écho, inscrivant nos vies au bout d’une lignée héroïque ou fabuleuse. Shyamalan va plus loin. Il engage l’homme à écrire lui-même son histoire, à repousser la mort en s’adressant à ceux qui viendront. Le film incarne cet espoir fou en prise avec ses propres démons, l’impuissance de l’être humain, sa fragilité, ses peurs. L’espoir est fou mais lui-seul rend « toute cette horreur » supportable.

Le passé n’est pas évacué. Le passé est une blessure qu’on ne peut ignorer. Le passé a recueilli nos amours et parfois nos illusions. Mais ce film est un acte de foi. Rien ne peut arrêter l’humanité créatrice. Tout entrave et musèle celle qui se définit en fonction d’un passé toujours douloureux. Ce dont nous avons besoin : d’inspiration. Les héros de Shyamalan, héros du quotidien, sont avant tout des muses, ou des prophètes, qui s’ignorent.

Ecrire pour vénérer nos morts, dialoguer avec eux pour adoucir le deuil : ce n’est pas suffisant. Combien de fois, pourtant, Shyamalan lui-même n’a-t-il pas tenté de franchir la frontière qui nous sépare des disparus, de réunir les deux mondes ? Mais le passé est une impasse.

Ecrire, c’est s’offrir aux inconnus qui viendront. C’est devenir une source d’inspiration.

 

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